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Acteur de la transformation des SSII ambitieuses

Pénurie de compétences : la paradoxe du secteur informatique


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Quand un produit ou un service est rare et recherché, son prix grimpe. C’est une loi de l’économie et c’est surtout un raisonnement de bon sens. Pourtant, alors que les acteurs du secteur informatique français ne cessent de déplorer la pénurie de compétences, le prix de vente des services informatiques, loin d’avoir augmenté, a fortement baissé ces 10 dernières années. Comment expliquer ce paradoxe ?
Laissons de côté les 20% du marché pour lesquels la loi de l’offre et de la demande fonctionne : la pénurie de certaines expertises, la rareté de certaines compétences font que les sociétés de niche parviennent à négocier les prix. Mais ce fonctionnement «normal» ne concerne qu’une petite partie du marché.

L’effet ciseau
Des nombreuses études consacrées à l’emploi dans le secteur informatique, il ressort que le nombre d’informaticiens diplômés produits chaque année par le système éducatif correspond, peu ou prou, à ce qui est demandé par l’ensemble du marché (ESN + sociétés «clientes»), soit environ 15 000 à 18 000 postes selon les sources. Or, si le nombre des entrées correspond grosso modo à celui des sorties, le système devrait être lisse et s’auto-réguler.
Pourtant le Syntec, tout en regrettant que la pression sur les prix reste forte, évoque régulièrement une situation de pénurie de compétences, et tous les acteurs du numérique lancent des plans d’embauche plus ambitieux les uns que les autres.
Dernier terme de l’équation : l’indice Syntec, qui reflète l’évolution des coûts salariaux au sein de la profession, croît d’environ 2% par an depuis 2006.
Résumons : dans un contexte de pénurie apparente mais où globalement les demandes du marché sont satisfaites, les prix de vente baissent et les prix de revient grimpent : c’est l’effet ciseau.


L’informatique : un drôle de secteur
Dans les services informatiques, le personnel est le nerf de la guerre. Les SSII généralistes ont donc mis en place des équipes de recrutement puissantes et efficaces qui, pour ce qui concerne l’assistance technique, fonctionnent principalement selon deux modes :
  • le mode mission : le client transmet le profil de la ressource qu’il recherche à plusieurs ESN qui entrent en compétition pour satisfaire le même besoin. Si le client a transmis sa demande à cinq SSII et que trois d’entre elles ne disposent pas d’une ressource immédiatement disponible, leurs services recrutement vont entrer en action et

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    exiger du marché trois ressources identiques. Alors que le besoin n’est en réalité que d’une unité, le marché va enregistrer autant de besoins qu’il y aura d’ESN à rechercher ce profil. En multipliant cette pratique par le nombre de besoins émis par le marché, on mesure l’intensité de la pression qui s’exerce sur le marché des embauches, et le décalage par rapport aux besoins réellement exprimés.


  • le mode « tendance du marché » : alors même que le marché ne réclame aucune ressource supplémentaire, les recruteurs des ESN recherchent par anticipation des candidats correspondant aux profils les plus demandés. Ils se mettent en chasse pour recruter des profils dont personne n’a l’usage à l’instant t, correspondant à des besoins qui n’ont pas été formulés et ne le seront peut-être jamais, en particulier en cas de retournement de la conjoncture.



Un processus pénalisant
Ce type de fonctionnement perturbe le marché et, en créant un faux sentiment de pénurie,
s’avère doublement pénalisant pour les SSII :
  • Les candidats à l’embauche, en position de force puisque sollicités par plusieurs sociétés, font monter les enchères, d’où une pression à la hausse au niveau des prix de revient. Par ricochet, les salariés en place relevant de la même catégorie exigent que leur salaire soit ajusté par rapport à celui des derniers entrants. S’ils estiment que leurs revendications ne sont pas suffisamment prises en compte, ils se positionnent sur le marché du travail, alimentant ainsi le turn-over (d’où les ambitieux plans de recrutement des ESN).


  • A l’autre extrémité de la chaîne, les clients ont le choix entre plusieurs candidats et exercent donc une pression à la baisse sur les prix de vente.



Les demandes formulées auprès du marché du travail excédant largement les besoins réels de l’économie, les SSII souffrent des pressions salariales sans possibilité de les répercuter sur le prix de vente. Elles ne peuvent pas davantage s’affranchir du système car si une SSII généraliste décidait de se mettre hors circuit, elle perdrait très rapidement des parts de marché sans améliorer pour autant sa rentabilité.
Mais le système pénalise également les clients : la pression salariale s’étend à toute la profession et se répercute en particulier sur les embauches que les utilisateurs réalisent en direct ainsi que sur leurs grilles de salaires.

L’hyperconcurrence qui caractérise le marché des services informatiques, et qui largement alimentée par les clients, surenchérit le coût salarial. Le nœud gordien semble bien être celui de la pression salariale, générée par des sur-sollicitations du marché du travail.
En diminuant la concurrence au niveau des embauches, la concentration du secteur permettrait peut-être aux coûts salariaux d’être davantage en cohérence avec les prix de vente, et favoriserait de surcroît le rétablissement de la marge des ESN.
A suivre d’autant qu’on observe une reprise vigoureuse des fusions-acquisitions dans le secteur depuis début 2013...


Bonnes vacances à tous !

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